Je le vois bien : derrière son café, il me dévisage. Je pense qu'il est aussi effrayé que moi; si vraiment il sait qui je suis exactement. J'ai la bouche tellement sèche que je suis incapable de parler. Et lui, il attend quelque chose... mais quoi ? Je ne vais pas commencé la conversation par 'Hey ! Salut papa, c'est moi, ton fils caché ! Tu sais, celui qui tu as eu au lycée ?". Nous soupirons tous les deux, comme pour marquer davantage notre gêne. Je me sens con comme pas possible, planté devant lui sans rien pouvoir lui dire. Je m'étais imaginé plus courageux. Il parle enfin. Sans doute n'imagine-t-il pas à quel point il me soulage.
Jude : Alors... Hum... Tu es venu pour quoi ?
Je retire ce que j'ai dit -ou pensé plutôt- : il ne me soulage absolument pas. Alors, je commence par où ?
Zac : Je m'appelle Zac Efron... Ma mère s'appelait Nicole Efron... Et... je crois... je suis même presque sûr... que vous êtes mon père.
Dans le genre pitoyable, je n'aurais pas pu faire mieux même en le voulant. Je me mords la lèvre nerveusement, il me sourit. C'est ça, vas y, fous-toi de ma gueule ! Je serre les poings. Non, il ne faut pas que je m'énerve. Pas maintenant, pas si proche du but. Sa voix grave me ramène à la réalité.
Jude : Je m'appelle Jude, mais tu dois le savoir... Et, oui, je suis ton père; Zac...
Bon ok, je suis venu pour ça mais allez savoir pourquoi, je ne m'attendais pas à ça. Je m'attendais à ce qu'il me jette dehors sans retenue. Paparazzis ou pas. Mais non, il confirme et l'intensité de sa voix et de son regard conjugués me prouve qu'il ne ment pas. Je le regarde dans les yeux. Son sourire m'exaspère. Il a l'air si sûr de lui, il essaie de me mettre à l'aise, d'être gentil mais comment puis-je être tranquille alors qu'il m'annonce qu'il est mon père. Je découvre le visage de mon père au bout de 25 années d'existence. Record à battre... Je pousse un soupir las. Il me dévisage toujours et je crois devenir fou. J'explose.
Zac : C'est tout ? J'ai passé les dix dernières années de ma vie à me demander qui était mon vrai père. J'ai passé des soirées entières à me demander qui tu étais, quelle tête tu pouvais avoir, si je tenais mes yeux de toi, pourquoi tu m'avais abandonné et si tu le regrettais. Je voulais savoir pourquoi ma mère me disait que j'étais une erreur de la nature, qu'elle n'avait jamais voulu de moi. J'espérais que si un jour je me trouvais face à toi, tu pourrais me dire la vérité et maintenant que je suis là, que je t'ai trouvé, tout ce que tu trouves à me dire, c'est que tu es mon père ! Bah c'est super mais c'est franchement pas un scoop !
Oh mon Dieu ! Qu'est-ce que je viens de faire ? Je reprends lentement mon souffle. Il me fixe, les yeux ronds. D'une main tremblante, je sors mon paquet de cigarettes de ma poche et en attrape une. Je fais chaque poche de ma veste à la recherche d'une briquet, en vain. Je pousse un grognement de protestation. Il s'approche timidement de moi et me tend un zippo étincelant. Je le remercie d'un hochement de tête et allume ma cigarette. La fumée me chatouille le palais et descend dans ma gorge. Je m'enfonce dans le canapé, et ouvre grand les yeux vers le plafond. La colère m'a fait monter les larmes aux yeux. Mon cher père se racle la gorge et se tortille nerveusement les doigts. Et puis sa voix douce retentit. Je me fige et écoute attentivement.
Jude : Je ne sais pas vraiment ce que Nicole et Brad t'ont raconté, mais bon... Ta mère et moi sommes sortis ensemble au lycée, on avait 16-17 ans et comme tous les ados, nous étions totalement irresponsables et elle est tombée enceinte. Je ne dis pas que tu étais une erreur mais comprends-bien que nous étions très jeunes et avoir un enfant nous terrorisait littéralement. J'en ai parlé à mon père et il m'a dit que je devais assumer alors j'ai suivi son conseil. Nous avions tout prévu avec ta mère, c'est même moi qui ai choisis ton prénom, elle celui d'Hayden. Nos parents avaient fini par s'y faire. Et puis, vous êtes venus au monde Hayden et toi. 3, 45 kg. Tu étais un magnifique bébé.
Il soupire. La nostalgie et la tristesse se sont imprégnées dans sa voix. Il tremble, un peu, et semble dérouté de me raconter ça. Je sais qu'il ne ment pas, je le sens. Je me penche vers lui et demande calmement.
Zac : Mais qu'est-ce qu'il s'est passé alors ?
Une larme coule sur sa joue, comme si j'avais réouvert de vieilles blessures enfouies au plus profond de lui. Il chuchote presque à présent.
Jude : Il faut que tu saches quelque chose, Zac, c'est que ta mère avait des problèmes mentaux qu'elle tenait de sa grand-mère et qu'elle a toujours tout fait pour vous le cacher. Elle avait parfois du mal à se contrôler et se sentait obligée de mentir parfois... Bref, Brad était mon meilleur ami, il était comme mon frère jusqu'au jour où je les ai surpris, Nicole et lui, dans le même lit. Nicole lui avait raconté qu'elle et moi, c'était fini, et Brad n'avait pas osé me demander confirmation, pour ne pas me blesser. J'ai décidé de partir pour les États-Unis, avec vous deux. Quand j'ai voulu venir vous chercher quelques jours plus tard, Nicole s'était enfuie, vous emmenant avec elle et Brad l'avait suivi pour qu'elle ne fasse pas n'importe quoi. J'ai prévenu la police, engagé des détectives privés mais ils ne vous ont jamais retrouvé. Elle était partie à l'autre bout de l'Angleterre. Je suis donc parti pour Los Angeles, j'avais besoin de changer d'air... Et je suis devenu connu peu à peu. Trois ans après mon arrivée, j'ai reçu une lettre de ta mère, avec une photo de vous deux. Elle m'en envoyait une par an et ajoutait toujours un petit renseignement... Ensuite elle a arrêté, et je n'ai jamais su pourquoi mais c'était il y a une dizaine d'années. Ensuite, j'ai entendu parler d'un Zac Efron qui commençait à devenir célèbre et quand j'ai vu les premières photos de toi, je t'ai tout de suite reconnu. J'ai continué à me renseigner sur toi de temps en temps...
Bon... Et maintenant, je suis censé dire quoi ? Une fois encore, tout ce à quoi je croyais s'écroule. Et cette fois n'est pas des moindres. Car je sais qu'il ne ment pas. Comment je dois réagir avec ça ? Je tremble autant que lui. Seulement, certaines de ces paroles m'intriguent plus que d'autres et je ne peux m'empêcher de poser la question qui me brûle les lèvres.
Zac : C'était toi... l'homme qui me rendait visite quand j'étais dans le coma ?
Il acquiesce d'un signe de tête et me gratifie d'un sourire timide et crispé, que je lui rends, sincère. Je continue dans ma lancée.
Zac : Quel genre de renseignement elle te donnait ?
Il hausse les épaules et reprend.
Jude : Ce que j'avais besoin de savoir, en tant que père. C'est comme ça que j'ai su que ton sport préféré était le hockey, ta couleur préférée le rouge, ta ville préférée Londres, ton plat préféré les lasagnes, ton parfum de glace la noisette, à moins que ça ait changé depuis...
J'ai l'impression d'assister à un cours sur moi-même. Seulement, un détail cloche...
Zac : Ma mère ne savait pas tout ça... Elle ne s'intéressait pas assez à moi pour le savoir.
Il fronce les sourcils et se lève. Il prend une petit boîte en bois sur la cheminée et me l'apporte. Je l'attrape délicatement et souffle dessus. Un nuage de poussière s'envole. Je l'ouvre et y découvre un paquet de lettres. Une par an. Je prends la première et lis juste l'adresse pour comprendre. Un sourire triste s'impose à mes lèvres. Non, ma mère n'aurait jamais fait ça, elle me détestait.
Zac : C'est l'écriture de Brad.
Jude se lève d'un bond et s'assit à côté de moi, examinant à son tour la belle et fine écriture.
Jude : Tu en es sûr ?
Je hoche la tête et sors la lettre de Brad de la poche intérieure de ma veste. Jude ne lit que le premier mot et compare.
Jude : Oui... Tu as raison... Mais pourquoi Adieu ?
La question à ne pas poser... Je grimace et réponds, dans un souffle.
Zac : Brad s'est suicidé.
Ses mains lâchent les deux lettres qui s'écrasent sur le sol. Je passe l'heure qui suit à tout lui raconter. Il acquiesce de temps en temps, hoche la tête pour me faire savoir qu'il écoute mais n'intervient jamais. A la fin de mon récit, une autre question lui échappe.
Jude : Et Nicole, comment va-t-elle ?
Une autre mauvaise question. Je passe donc cette deuxième heure à lui expliquer comment elle est morte, essayant de lui retranscrire le plus fidèlement possible ce qu'elle m'a dit ce jour-là. Il me comprend, ou du moins, il essaie. La plupart des gens aujourd'hui font semblant d'écouter, et assure qu'ils vous comprennent, et ce sont ceux-là qui ne comprennent pas généralement. Ceux qui ne disent rien sont ceux qui sont le plus à même de comprendre la douleur de celui qui raconte. Jude m'écoute vraiment, il ne fait pas semblant.
Jude : Et ton enfant, elle s'est bien passée ?
Des questions à ne pas poser, celle-ci est la pire. Je chuchote presque lorsqu'enfin je lui réponds.
Zac : Elle me battait quand Brad et Hayden n'étaient pas là, et elle me répétait sans cesse que j'étais une erreur, qu'elle n'avait jamais voulu de moi et que j'étais le résultat d'un viol... On ne peut pas dire que c'était facile tous les jours, mais j'ai survécu...
Nous passons le reste de l'après-midi à discuter, comme si nous ne nous étions jamais quittés, il y a vingt-cinq ans. Je lui raconte tout, tout dans les moindres détails. Le chapitre Vanessa doit d'ailleurs durer quelques heures...
Je m'appelle Zac, Zac Efron et je sais que le bonheur est à portée de main...
Il ne reste plus que trois ou quatre chapitres.
J'espère que celui-ci vous a plu.
Vos impressions sur Jude ? Et sur ces nouvelles confessions ?
Je tiens toujours autant aux trois commentaires expressifs pour être prévenus, ne l'oubliez pas.
Je préviens plus tard, là je n'ai vraiment pas la motivation.
Je vous embrasse fort mes petits bouts.
LSD, vers l'Infini, et au-delà !